Se rendre à Ohara, petit village au nord est de Kyoto, c’est l’occasion de se promener en pleine nature et de la contempler. Ohara (大原), qui signifie « Grand champ », se niche au pied du Mont Hiei (比叡山).
Ohara est particulièrement populaire pour ses couleurs automnales, pendant les momiji (saison des érables rouge) en Novembre. Le village s’étend le long de la rivière Takano pour s’enfoncer de part et d’autre dans la forêt de cèdres où se cachent plusieurs complexes bouddhistes.
Même si la pluie menace, en route pour une sortie nature et spirituelle.
Les spécialités d'Ohara
Oharane * Les femmes d’Ohara
Ce village agricole était autrefois célèbre pour sa production de bois de chauffage. Alors qu’il n’y avait encore ni gaz, ni électricité, les femmes d’Ohara se rendaient à pied à Kyoto pour un vendre des fagots de branches ou de bois de chauffage qu’elle portaient sur leur tête. En été ce sont des fleurs qu’elles vendaient en ville.
On les connait alors sous le nom d’Oharame (大原女), littéralement « femmes d’Ohara ». Chaque année, le festival d’Ohara-me fait honneur à cette coutume. Les participants défilent à travers la ville en costumes d’époque.
L’Oharame portait généralement un kimono plus court que les kimonos traditionnels. Celui ci s’arrête aux genoux pour être plus confortable et avoir une meilleure mobilité. Les femmes portaient aussi des leggings et des sandales en paille tressée.
Le Shibazuke et le Shizo
Le Shibazuke est une spécialité d’Ōhara. C’est une sorte de tsukémono (les légumes saumurés) typique de la région de Kyôto. Les gens d’ici en préparent à la maison depuis le XIIe ou XIIIe siècle. Le but ? Conserver les légumes d’été tels que les aubergines, les concombres ou le gingembre japonais myoga (Rien à voir avec le gingembre que l’on connait chez nous) pour l’hiver. Les légumes sont marinés dans du sel avec les célèbres feuilles d’ aka shiso (périlla rouge) de la région récoltées au début de l’été. Les bactéries lactiques naturelles présentes dans les légumes accélèrent le processus de fermentation pendant la chaleur estivale, donnant au shibazuke sa saveur particulière. La couleur rouge-violet vif est produite par une réaction chimique entre l’ aka shiso rouge et les aubergines violettes.
Le Shizo d’Ohara entre dans la composition des marinades mais aussi dans des liqueurs d’Umeshu, des glaces, voir même en bonbons.
Le shizo rouge a une saveur aux notes de basilic, poivre et mélisse.
Temples et Shomyo
La région d’Ohara est le lieu de naissance du Shomyo (Chant de sutra Bouddhiste Tendai).
Bien qu’il soit originaire d’Inde, le shomyo est amené dans la région par le moine Ennin (794-864). Il en avait étudié la technique en Chine. Les moines perfectionnèrent la pratique du shomyo, un chant mélodique des sutras bouddhistes, et à son apogée, Ohara avait pas moins de 50 salles d’entraînement.
Loin des foules, un havre de paix..
Ohara abrite plusieurs temples bouddhistes (tous issus de la branche Tendai). Sanzen-In, auquel je consacre un article séparé, en est le complexe principal.
La pluie se met à tomber. Mais, même par temps humide, j’ai trouvé agréable de découvrir Ohara. En route pour le Temple Shoren-In. Au moins serons nous au sec, le temps de la visite 🙂
Shorin-In
Le moine Jakugen, disciple du moine Tendai Ennin (794-864), fonde Shorin-In en 1013. Vous vous souvenez ? Tendai Ennin est celui qui introduisit les hymnes et les chants bouddhistes connus sous le nom de shomyo au Japon. Les abbés de ce temple se consacrèrent à son étude et à son développement.
La dernière reconstruction de ce temple date de 1778.
Nous ne nous attardons pas. Mais j’ai particulièrement apprécié le travail du bois du bâtiment principale et le refuge qu’il nous a offert.
Hosen In
La pluie ne cesse de tomber. Nous faisons donc un saut de puce pour rejoindre Hosen-In. Le tarif d’entrée est un peu cher (900 Yens) mais comprend une tasse de thé et une friandise aux haricots rouges. De quoi nous réconforté un peu lors de notre visite. J’avoue ne pas avoir pris de photos des jardins du temple au vu de la météo. Je me suis contentée de prise de vue à l’intérieur.
Hosen-In est construit il y a environ 800 ans à la demande du Prêtre en chef du Shorin-In. Il avait pour but d’y loger les pèlerins et les moines du temples. Me promener dans le temple aura été pour moi l’occasion de découvrir l’Irori (囲炉裡, いろり) le foyer présent dans les maisons à l’architecture traditionnelles. On l’utilisait autrefois pour chauffer la pièce principale, la préserver de l’humidité, l’éclairer et y cuisiner.
Les plafonds de sang * Chitenjo
Hosen-In est l’un des cinq temples à Kyoto dont les plafonds sont fabriqués à partir de planches du Château de Fushimi-Momoyama. Mais pourquoi ces planches sont elles spéciales ? Ce sont celles du plancher du donjon du Château où Torii Mototada et ses 380 samouraïs restants se sont suicidés rituellement (Seppuku ou Harakiri en Occident), en 1600, après avoir perdu la bataille pour leur caste contre une armée de 40000 hommes, pendant 11 jours.
On conserve les planchers, désormais tachés de leur sang, pour être ensuite utilisés dans les temples. Ceci afin d’honorer cet acte loyal, d’offrir des services commémoratifs pour les morts et que les âmes perdues trouvent la paix. Certaines planches portent encore les stigmates de cet ultime sacrifice.
Les jardins zen du Hosen-In
Dans le hall principale, couvert de tatamis, piliers et poutres encadrent comme un tableau la vue sur le jardin Bankan-en dont le nom signifie « difficile à quitter ».
Il a environ 300 ans. Mais, du côté Sud, son hôte principale est un magnifique pin du nom de Goyou-no matsu âgé lui de 700 ans. A son âge vénérable, il mérite tous les soins et ses vieilles branches sont soutenues par des structures en bambou. Il est le plus vieil arbre de Kyoto.
C’est le moment de prendre le temps.. et de savourer le thé et la friandise.
À l’ouest, on trouve le jardin nomé, « Jardin de la grue et de la tortue ». Tous deux symboles de longévité. Il se compose d’un étang en forme d’une grue (tsuru), d’une petite colline en forme d’une tortue (kame) et d’un vieil arbre de camélia évoquant le Mont Horai. La beauté de chaque saison qui y est bien représentée.
Il fait toujours aussi humide, alors je pense que seules les carpes ne font pas la différence entre le beau temps et la pluie 🙂
Nous décidons de manger dans un des charmants petits restaurants près du Sanzen In. Au menu tout ce qu’il y a de plus Japonais : Shibazuke bien sûr, riz, soupe, nouilles, tofu, etc… et bien sûr du thé vert. Nous sommes au cinquième jour et je suis loin d’avoir encore tout découvert de la cuisine Japonaise.
Information : Pour les touristes fatigués de l’art de vivre et de manger à la Japonaise, il y a la possibilité d’avoir, dans quelques restaurant, une table et des chaises
Pour nous ce sera Zataku, la table basse Japonaise.
Après avoir bien déjeuner la pluie semble s’arrêter. Nous décidons donc de partir pour 20 minutes de marche dans la campagne pour rejoindre Jakko-In.
Jakko-In
On ne connait pas, avec certitude, L’origine du temple Jakko-in. Selon la légende du temple, Jakko-in fut construit en 594 par le prince Shotoku Taishi. Il dédie ce temple à la mémoire de son père l’empereur Yomei, 31ème empereur du Japon et le premier empereur à devenir bouddhiste.
Une histoire de femmes
Les principaux prêtres de Jakko In ont toujours été des religieuses de familles noble. La première abbesse, Tamateru-hime (ou Tamazahime) se trouve également être la nourrice du prince Shotoku. Elle quitte sa vie en tant que noble et devient l’une des trois premières religieuses du bouddhisme Japonais. Par la suite, Jakko-In est devenu une retraite pour les nyoin, les femmes membres de la famille impériales et les filles de familles de haut rang.
Le deuxième grand prêtre, Awano Naishi (Awanai) est la fille de Fujiwara no Michinori (Shinzei). Elle était la dame d’honneur qui servait Taira no Tokuko. Celle qui deviendra l’impératrice Kenreimon-in.
On dit aussi qu’elle est le modèle du costume de la « femme Ohara ».
Kenreimon-In * La tragédie de la bataille de Dan-no-ura
Les clans rivaux Taira (Heike) et Minamoto (Genji) s’affrontent.
Lors de la bataille navale décisive de Dannoura, les Taira sont vaincus. Et l’impératrice Kenreimon, plutôt que de vivre la défaite, saute à l’eau en suivant sa mère, qui tient dans ses bras son fils, l’empereur Antoku, alors âgé de 6 ans..
L’impératrice Kenreimon, cependant, est repêchée. Elle est tirée par les cheveux à l’aide d’un râteau par un membre du clan Minamoto et faite prisonnière.
Elle se retire, dans un premier temps à Kyoto où elle se rase la tête et devint religieuse. Sans aucun parent restant, elle décide de rejoindre Awanonaishi (Awanai) au Jakko-In et se consacre au bouddhisme à prier pour le clan Taira et son fils. Elle devient ainsi le troisième grand prêtre de Jakko-in en 1185. Et ce, jusqu’à sa mort en 1213. Elle est enterrée sur le flanc de la colline à l’est du temple.
Jakko-In * Un incendie
Le Hall principal contient une statue de Jizo, divinité bouddhiste gardienne des voyageurs, des femmes et des enfants. Il a malheureusement été incendié par ce qui pourrait être un incendie criminel, en 2000.
Le temple principal actuel et la statue principale actuelle sont donc des reconstructions effectuées 5 ans après l’incendie.
La statue principale originelle, gravement endommagée dans l’incendie, est actuellement conservée à l’abri et exposée exceptionnellement 2 fois par an. A l’intérieur de la statue principale originelle se trouvaient plus de 3000 petites statues de Jizô. Toutes survivent à l’incendie et l’on trouve une partie de cette collection dans le petit musée situé sur la propriété du temple.
La grande lanterne en fer devant le hall principal provient du château de Momoyama (tombé après un siège historique en 1600). Vous vous souvenez ? C’est le château de l’histoire des Chitenjo (Plafonds de sang) du Hosen-In.
Informations pratiques :
Adresse :
676 Oharakusaocho, Sakyo Ward, Kyoto, 601-1248, Japon
〒601-1248 京都府京都市左京区大原草生町676
Téléphone : (+81) 75-744-3341
Horaires : Ouvert tous les jours
Hosen In de 9H00 à 17H00
Jakko In
9H00 à 16H30 de Janvier à Février
9H00 à 17H00 de Mars à Novembre
Et de 9H00 à 16H30 au mois de Décembre
Tarif :
Hosen In 900 Yens
Jakko In 600 Yens
Accès :
Bus N° 17 – Depuis la gare de Kyoto prendre le Bus N° 17, descendre à l’arrêt Ohara puis marcher environ 10 minutes.
Métro Karasuma Line – Descendre à Kokusai Kaikan – Prendre le Bus N° 19 – Descendre à Ohara Kodeishi puis marcher environ 10 minutes.








Laisser un commentaire