Aujourd’hui nous avons décidé de visiter le Mont Kurama. Et nous n’avons pas hésité un instant au moment de choisir notre mode de locomotion. La voiture reste à la maison et nous prenons « le petit train de la montagne ». Il est très beau avec ses peintures colorées représentant la forêt et ses animaux. A l’intérieur les sièges ne sont pas installés dans le sens du train mais, sur les côtés, de manière à ce que l’on puisse voir facilement à l’extérieur pendant le trajet.
Du centre du village un escalier monte jusqu’à la porte des gardiens, Nio-mon (仁王門). Deux superbes tigres de pierre en gardent l’entrée. Les A-Un no Tora (A-Un Tigers).
Celui qui a la bouche ouverte forme le son » a « , symbole de la vie et du commencement. De l’autre côté, celui qui a la bouche close, émet le son » um « , symbole de mort et de fin. Ils forment donc ensemble le son » Aum » , le souffle vital de toutes choses, le son capable de créer le monde mais aussi de le détruire.
Mais pourquoi des tigres ? La légende voudrait que Bishamonten est descendu sur le Mont Kurama avec un tigre, à l’heure du Tigre, le jour du tigre, au cours du mois du Tigre.
A partir de là, deux possibilités s’offrent à nous. Prendre le petit funiculaire ou prendre l’escalier de gauche, bordé de lanternes rouges, qui grimpe à l’assaut du Mont Kurama. Nous optons pour les escaliers considérant que la découverte du Kurama-Dera passe aussi par ce petit effort et cette promenade en forêt.
Mais il est temps de nous mettre en route. La randonnée dure environ 45 minutes et reste accessible à tous. L’ascension se fera le long de sentiers rythmés par des escaliers, des ponts, des lanternes, des ruisseaux, le tout entre les arbres. C’est l’occasion de s’imprégner de l’énergie mystique et spirituelle qui règne en ces lieux. Croiserons nous un Tengu ? La région de Kurama regorge d’histoires et de rencontres mystiques. Je vais vous en raconter quelques unes..
Il était une fois le Mont Kurama
Le mont Kurama, culmine à 542 mètres. Il a été la résidence d’un des premiers dieux du panthéon japonais. On raconte qu’il y a plus de 6 millions d’années, Mao-son, grand roi conquérant des démons et défenseur des esprits de la terre, est descendu sur le Mont Kurama depuis la planète Vénus. Mais dans quel but ? Pour apporter la sagesse à l’homme et sauver l’humanité.
Ensuite le mont devint la résidence de Bishamonten, Dieu du trésor, de la richesse et des guerriers. Mais aussi et surtout Protecteur du Bouddhisme et Gardien du nord. Vous vous souvenez ? On en a parlé dans l’article sur le Todai-ji à Nara
Le premier temple fut construit en 770 par le moine Gantei, mais en 796, le moine chargé de la construction du Toji, eu la vision de Senju Kannon sur le Mont Kurama. Il décida donc de construire d’autres bâtiments sur le Mont, donnant plus d’ampleur au lieu.
Ainsi, Mao-son, Bishamonten et Senju-Kannon forment ici une trinité connue sous le nom de Sonten, ou suprême déité. Elle est parfois représentée par un cône avec trois cercles, symboles de la trinité : La Puissance – Esprit de la lune, l’Amour – Esprit du Soleil et la Lumière – Esprit de la Terre
Yuki-Shrine ou Yuki-Jinga
Premier arrêt, la promenade nous emmène devant un premier bâtiment en bois, qui est en fait un sanctuaire : Le Yuki-Shrine. Il est le protecteur du temple Kurama-dera. Le sanctuaire honore le dieu Ôkuni-nushi, dieu de médecine et de la magie, et le dieu Sukuna-hiko-na-no-mikoto, dieu des médicaments
Yuki-jinja (yuki-shrine) se trouvait à l’origine dans le centre de kyoto. Après un terrible tremblement de terre et le chaos qui s’en suivi, le temple est déplace à Kurama en 940 pour protéger la région du mal.
Un cèdre sacré
L’un des éléments incroyable du sanctuaire de Yuki-jinja est son cèdre de quelques 800 ans et qui mesure 53 mètres de haut. Dressé devant la salle principale il attire le regard et impose le respect. Il symbolise parfaitement la fusion des rituels sacrés et de la beauté naturelle.
On pense qu’il s’agit d’un yorishiro, un objet qui attire les kamis (esprits) dans le bouddhisme shinto.C’est pourquoi il est entouré d’un Shimenawa (標縄), une corde sacrée décorée de banderoles en papier. On pense que ce cèdre ancien est imprégné de pouvoirs spéciaux et qu’il réalise les rêves de ceux qui le prient.
Le festival du feu de Kurama
Le célèbre festival du feu de Kurama no Hi Matsuri très célèbre au Japon. Il rend hommage au sanctuaire de Yuki-jinja et à ses esprits. Cette fête spectaculaire a lieu le 22 octobre. Elle commence au coucher du soleil, lorsque les hommes du village allument de lourdes torches et défilent dans les rues, puis se rendent au sanctuaire.
Le défilé est une reconstitution de la cérémonie que les villageois ont organisés afin d’accueillir les esprits kami du sanctuaire, lors de son déplacement de Kyoto au village de Kurama.
Quelques 250 torches en pin, des plus petites pour les enfants aux plus grandes sont allumées. Certaines torches gigantesques, les taimatsu, pèsent jusqu’à 80 kilogrammes. Des mikoshi (sanctuaires portables) s’intègrent au défilé. A la fin, les torches sont empilées les unes sur les autres, dans un énorme feu de joie.
L’ascension reprend et en chemin on croise de petites sources, de petites statues d’esprits de la montagne et quelques sanctuaires pour nous permettre de récupérer un peu.
Kurama-Dera
Au fur et à mesure de la grimpée, les sentiers et autres escaliers se parent de nombreuses lanternes rouges typiques. Allez, encore un petit effort, Kurama Dera n’est plus loin. Ne nous laissons pas distraire.
Après un dernier escalier raide, enfin se dévoile le Honden, bâtiment principal du Kurama-dera. Construit sur un plateau, à flanc de la montagne, il offre une vue magnifique sur les monts environnants et leurs forêts à perte de vue. De quoi profiter de l’instant présent tout en reprenant son souffle.
Ici aussi deux tigres protègent le hall principal. Normal puisque Bishmonten est vénéré en ces lieux et que le tigre est considéré comme son messager.
A l’intérieur on peut admirer une magnifique statue du Bouddha Amida (mais il est impossible d’y prendre des photos). Sur la plate-forme se trouvent les bâtiments principaux du Kurama-Dera. Sur la photo, le Honden (Salle principale). Juste sur la gauche se trouve une petite salle, le Komyoshin-den.
Après les photos sous les cerisiers et pour nous reposer de notre montée du Mont Kurama, nous en avons profité pour apprécier ce groupe de musiciens… J’avoue que là, la musique était agréable. Ce qui n’est pas toujours évident à mes oreilles de profanes.
Il était une fois.. L'histoire de Kurama-Dera
Gancho
La légende raconte qu’en 772 , un moine chinois du nom de Gancho, disciple du célèbre Jianzhen (Ganjin au Japon) célèbre pour avoir propagé le bouddhisme au Japon, reçoit un songe. Alors qu’il se trouvait au Toshodai-Ji, il fit un rêve lui demandant de se rendre dans une montagne au nord où une grande puissance mystique et une une masse d’énergie spirituelle était concentrée. On dit que c’est aussi la patrie des Tengu (créatures légendaires représentées avec un long nez ou un bec). Une fois arrivé, le moine se perd en chemin. Kifune Myojin, divinité gardienne de l’eau, lui est apparu en rêve. Elle lui demande de regarder le ciel à l’est le lendemain matin.
Gancho s’exécute et est étonné de voir, au beau milieu de la forêt, un cheval blanc avec un selle déjà attachée sur le dos. Il le suit pour arriver finalement à Kurama (鞍馬), qui signifie littéralement “cheval à selle”. Puis, il s’installe dans la montagne pour la nuit mais est rapidement attaqué par un démon (oni), à l’apparence féminine, qui souhaite le dévorer. Il repousse le démon et entre dans un arbre sacré pour prier pour son salut. Bishamonten, l’un des quatre rois célestes et gardien du Nord, répond à ses prières, extermine le démon et le sauve. Gancho construit donc ici un petit ermitage pour vénérer Bishamonten en signe de gratitude et de reconnaissance. Ce sera donc la première divinité vénérée en ce lieu.
Fujiwara Issendo
En 796, Fujiwara Issendo, associé alors à la construction du To-Ji à Kyoto, eut à sont tour une Vision. Celle de Senju Kannon (Kannon aux mille bras) sur le Mont Kurama. Il parraine ainsi la construction d’un véritable temple sur le mont Kurama. Kurama-dera en vint donc à vénérer les deux divinités, devenant finalement un temple de la secte Tendai. Mais ce n’est pas terminé..
Yoshitsune * La légende de Sôjôbô, le tengu du mont Kurama
Minamoto no Yoshitsune (Ushiwakamaru 1159-1189) n’avait qu’un an lorsque son père, Minamoto no Yoshitomo, est tué par le clan rival, Taira, lors de la rébellion de Heiji. Le bébé est envoyé au temple Kurama-dera pour y être élevé par des moines. Le clan Taira, espérait ainsi en faire un moine plutôt qu’un guerrier pouvant s’opposer à eux. Malgré leur intention, en grandissant, Yoshitsune commence à s’entrainer seul, jour après jour, dans l’espoir de devenir assez fort pour venger la mort de son père. Il attire ainsi l’attention de Sôjôbô, le roi des Tengu. On dit qu’il avait le pouvoir de 1000 Tengu. Heureusement, les deux se lient d’amitié et Sôjôbô propose à Yoshitsune de l’entrainer pour qu’il puisse prendre sa revanche sur le clan Taira. C’est ainsi qu’il lui enseigne l’art de l’escrime, de la tactique et de la magie, faisant de lui un homme d’épée expert.
Après son entrainement, Minamoto no Yoshitsune quitte la vie monastique pour rejoindre son clan pour reconquérir l’honneur de sa famille en se vengeant des Taira. Cette victoire aboutira à la fondation du premier gouvernement militaire du pays et au déclin du pouvoir impérial japonais.
Selon les légendes, le Tengu, être mystique mi-homme, mi-corbeau, serait protecteur, mais parfois aussi malveillant.
Bouddhisme au Kurama-Dera
Kurama-dera a changé d’allégeance à plusieurs reprises au cours des siècles jusqu’à ce que l’abbé Shigaraki Kōun crée le Kurama-kōkyō (école Kurama) du bouddhisme en 1947. Lors de la fondation de cette nouvelle secte, ils introduisirent la formation d’une Trinité connue sous le nom de Sonten composée de Bishamonten, Kannon et de la divinité ésotérique vénérée uniquement à Kurama-dera appelée Gohōmaōson.
Ainsi donc ce sont bien trois divinités qui sont vénérées aux Kurama-Dera. Considérées comme étant une sainte trinité, nous avons donc : Bishamonten, la vérité, Kannon, la miséricorde et Gohomaoson, une divinité ésotérique que l’on ne rencontre qu’ici et qui symboliserait le pouvoir. Cette trinité serait la représentation de l’énergie qui existe derrière tout ce qui vit.
L’école Kurama enseigne que la vie est guidée par la miséricorde de Kannon, la vérité de Bishamonten et l’énergie de Maōson sous la forme de la trinité suprême Sonten.
Le Mont Kurama et le Reiki
Le Mont Kurama est aussi connu pour être le lieu dont est originaire le reiki. C’est quoi le reiki ? C’est une méthode de soin holistique Japonaise d’imposition des mains. Un échange d’énergie entre la praticien et le patient. En japonais, “Rei” veut dire universel, incluant la matière, l’âme et l’esprit. Et “Ki” renvoie à l’énergie vitale qui circule en nous.
En 1922, Mikao Usui (1865-1926) s’est isolé dans les montagnes de Kurama pendant 21 jours et a finalement été béni avec des pouvoirs de guérison. Il aurait eu une révélation mystique l’ayant conduit à recevoir les « clefs de la guérison ». Il a nommé ce pouvoir ‘Reiki’ et l’a appliqué pour aider les blessés et les malades.
Sekurabe Ishi * Kinoni Michi
Depuis la terrasse on a une vue magnifique sur la vallée de Kurama. Mais un dernier effort nous attend car derrière le Kurama-Dera se trouve un petit escalier (encore) qui monte à l’assaut du mont, au milieu d’une forêt de cèdres et cryptomerias immenses.
Lorsqu’on arrive au sommet du mont Kurama, tout autour du sanctuaire Sekurabe Ishi, on peut admirer un phénomène étrange : Le Kinoni Michi.
C’est en en fait un entre-lac de racines apparentes des cèdres de la montagne. Ces racines appartiennent, entre autre, à l’Ôsugi-gongen, un vieux cèdre qui serait la réincarnation de Mao-Son. On raconte aussi que les samouraïs de la région venaient s’entrainer ici, pour apprendre à ne pas tomber durant un combat.
Retour.. Il est temps de rentrer
Il est temps de rentrer. Merci d’avoir grimpé avec moi. Certes la montée a été un peu difficile mais cela en valait la peine. Se promener en pleine nature est toujours très agréable. Mais il va nous falloir redescendre et le dénivelé est parfois plus impressionnant qu’à l’aller.
Le chemin pourrait être un parcours de santé, mais même s’il demande un petit effort, ici, c’est chacun son rythme, sans oublier le temps d’admirer le paysage qui s’offre à nous. Un dernier regard sur les petits « Gizo » du Mont Kurama, joliment décorés par les écoliers, et c’est le retour sur Kyoto après une agréable journée.
Informations pratiques :
Accès :
Train ligne Eizan Main Line – Descendre à l’arrêt Kurama puis marcher environ 3 min , 190 m








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